La Mission: développement ou transformation?

Anna et d'autresPourquoi ai-je été appelée dans une mission « lointaine»? Serait-ce seulement pour aider les pauvres et les indigents? Non. Autrement, pourquoi ne pas m’avoir envoyée dans n’importe quelle ville du Canada : Calgary, Winnipeg, Toronto, Ottawa, Montréal, Québec? Ou encore dans une réserve des Premières Nations au pays? Au Canada, il y a tant de gens qui ont besoin d’aide.

Alors, était-ce pour rencontrer et vivre avec des personnes de différentes cultures? Encore là quel pays du monde dépasse le Canada pour la diversité de sa population? Nommez n’importe quelle nation et vous verrez dans toute grande ville du Canada, un groupe des citoyens de cette nation. D’ailleurs, nos communautés fmm du Canada ne sont-elles pas déjà très internationales?

Alors, pourquoi mon envoi en Éthiopie?
Pourquoi le Seigneur m’a-t-il invitée là-bas?


TravailQuand j’étudiais l’Amharic, une des langues de l « Éthiopie, dans la capitale, Addis Ababa, j’ai vécu une expérience étrange, celle du « déjà vu ». Il me semblait revenir à mon passé. Les gens étaient d’une autre couleur, mais leur façon de se saluer ne m’était pas du tout chose étrangère. Les hommes et les femmes qui faisaient la vente dans les rues, les balayeurs, les garçons qui vendaient des journaux, les jeunes cireurs de souliers, tous ces gens qui attendaient à l’arrêt d’autobus me faisaient revivre des scènes qui me paraissaient bien connues. Au cœur de cet environnement où mon présent se croisait avec mon passé, je me suis rencontrée avec moi-même; j’ai fait connaissance d’un moi bien différent de la personne que je connaissais: qui n’était ni bonne ni gentille, qui se fâchait facilement, un moi nécessiteux, impuissant et sans ressources, trop sensible, gardant du passé des plaies qui saignaient au moindre froissement.


ÉthiopieLoin de chez moi et dépouillée des vêtements qui m’identifiaient à moi-même, je me suis regardée en face comme la personne que je suis. Quand j’ai reconnu que cette étrangère, c’était moi, alors j’ai vu Jésus qui se tenait devant moi, les bras ouverts; il me disait de m’approcher de Lui. Dans ce coin où il n’y avait pas de cachette, Dieu m’attendait pour m’embrasser. Quand j’ai su nommer mes plaies, j’ai appris le nom de Dieu. Il s’appelle, Dieu qui guérit, Dieu qui pardonne, Dieu ma Providence, Dieu qui m’aime comme une mère, tendrement, généreusement.

Cette expérience de Dieu me baignait de lumière. Au lieu de me faire voir le travail que je faisais, elle m’a ouvert les yeux pour regarder le peuple auquel Dieu m’a envoyée. Elle m’a encouragée à apprécier les gens tels qu’ils sont. Quelle que soit leur religion, pour les Éthiopiens, Dieu est le premier servi. Leur salutation ordinaire est elle-même une prière à laquelle on ajoute, Amen. Ils saluent un étranger avec les mots : « Que Dieu vous donne bonne santé! » Ils expriment leur gratitude en disant : « Que le Seigneur vous récompense en mon nom! » Ainsi loue-t-on d’abord le Seigneur, ensuite on remercie la personne en cause. L’expression, « Dieu seul le sait » sert autant pour consoler que pour se défendre de fausses accusations ou pour menacer une personne coupable. Les Éthiopiens sont naturellement très généreux. Une pauvre femme qui reçoit un pain d’un bienfaiteur va inviter un passant à le manger avec elle. Quand les gens sont admis à notre centre médical, tout de suite ils forment famille avec ceux qui se trouvent près d’eux, les aidant comme ils le peuvent, partageant leurs maigres repas avec eux.

C’était seulement après avoir expérimenté l’amour de Dieu dans ma propre vie que j’étais capable de voir les gens autour de moi avec les yeux du Dieu qui m’avait convoquée là. J’étais alors capable de les apprécier et d’apprendre d’eux.

C’est ainsi que j’ai compris que j’avais été mandatée pour recevoir les dons de Dieu et non pour faire uniquement un travail de développement humanitaire auprès des pauvres de cette extrémité de la terre. Ce Dieu qui m’a tissée dès le sein de ma mère, lui qui sonde le fond de mon cœur, connaissait bien mes plaies. Il savait où et avec qui mon caractère deviendrait salutaire. Si notre vocation missionnaire était perçue comme une invitation de Dieu à être guéries, à nous donner totalement à Lui, notre « oui » ne résonnerait-il pas comme un son de trompette? Si nous regardions chacun de nos appels comme l’occasion de nous laisser transformer par Dieu, notre « oui » ne ferait-t-il pas qu’un avec celui de Marie à Nazareth et au Calvaire?

jeunesCette nouvelle rencontre avec les Sœurs de la Province canadienne m’a convaincue que chacun de nos envois en mission est un pas qui nous conduit plus près de Dieu. Je suis toujours reconnaissante d’avoir été formée comme franciscaine missionnaire de Marie, entourée par des Sœurs qui ont fait ces mêmes pas dans la fidélité et dans la sérénité comme Marie pendant toute sa vie.

Anna Kim, f.m.m.

www.fmmcanada.org
© juin 2008